Visite du monument

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L'identification du monument juif de Rouen


Lors de sa découverte en 1976, le monument juif de Rouen a fait l’objet d’une âpre controverse sur sa destination. Controverse qui n’a évidemment pas facilité la mise en valeur de ce trésor du patrimoine médiéval. Trois thèses étaient alors avancées.


La thèse de la synagogue a été exposée par Bernhard Blumenkranz, directeur au CNRS, et par certains archéologues responsables de la fouille dans Art et archéologie des Juifs en France médiévale (1979). Elle n'est pratiquement plus soutenue aujourd'hui

M. Michel de Boüard, éminent historien et archéologue médiéviste, visite le chantier en compagnie de M. Georges Duval, architecte en chef des monuments historiques.La thèse de la résidence privée a été un moment évoquée par le grand historien et archéologue médiéviste Michel de Boüard dans une étude intitulée Synagogue ou Académie talmudique ? Réflexions sur une controverse (1984). Sa critique, l'année suivante, du livre de Norman Golb, s'apparente à un abandon de cette thèse. Celle-ci est aujourd'hui reprise par certains archéologues, dont Jacques Le Maho, du CNRS.

La thèse de l’école rabbinique, a été défendue dès l’origine par le professeur Norman Golb, qui l'a présentée en détail dans une étude Nature et destination du monument hébraïque découvert à Rouen (1981). Dans son livre sur "La Maison Sublime", Jacques-Sylvain Klein en a exposé les éléments saillants, qui sont exposés ci-dessous.

 

Quelles preuves d’une école des hautes études rabbiniques ?


Le Second Plan de la Ville de Rouen, par Rondeaux de Sétry (1782), fait apparaître la place (ou clos) aux juifs (n°19) et la synagogue (n°20).L’obligation d’une yeshiba dans chaque grande ville : cette obligation  s’imposait particulièrement à Rouen, capitale de l’un des deux « royaumes juifs » mis en place par le pouvoir carolingien. Elle est d’abord attestée par un texte en hébreu, des environs de 1150, puis mentionnée dans un acte en latin de 1203, par lequel le roi Jean Sans Terre annule les créances de cinq prêteurs juifs, dont un certain Abraham de Scola Rothomagi.

Une situation bien identifiée au nord de la rue aux juifs : mentionnée dans un procès de 1363, «lescole as juys» est située «en la paroisse Saint-Lô». L’édifice se trouve à soixante mètres de la synagogue, en conformité avec la règle rabbinique selon laquelle l’école devait être construite près de la synagogue, mais séparément d’elle.

La somptuosité de l’édifice : sa taille monumentale (14,10 m x 9,50  m), presque deux fois plus importante que la synagogue, et la richesse de son décor architectural s’accordent parfaitement avec l’affirmation de Maïmonide que «la sainteté d’une école rabbinique est supérieure à la sainteté d’une synagogue».  

Une entrée au sud : l’entrée du bâtiment se trouve au milieu du mur sud, ce qui exclut la possibilité que ce fût une synagogue. En effet, conformément à une tradition rabbinique bien établie, l’entrée des synagogues européennes médiévales était toujours située dans le mur ouest.

L’absence d’abside : dans toutes les synagogues romanes connues en Europe, les rouleaux  de parchemin sacrés de la Torah étaient conservés dans une abside située dans le mur est de l’édifice. Les fouilles réalisées au printemps 1977 ont montré que le mur est ne contenait aucune abside susceptible de renfermer les rouleaux de la Torah.

La salle basseUne salle basse destinée au rangement des manuscrits : la pièce du bas était faiblement éclairée par quatre meurtrières en plein-cintre percées dans le mur nord. Les trois autres murs, dépourvus de fenêtres, se prêtaient bien au rangement des manuscrits, qui étaient conservés dans de grandes armoires adossées aux murs. Les petits trous apparaissant sur le mur est, à cinquante centimètres du sol, témoignent de la présence de tablettes qui permettaient aux étudiants de consulter les manuscrits. Des lampes à huile, retrouvées au cours des fouilles, leur apportaient un éclairage complémentaire.

L’escalier intérieurUn escalier intérieur : les étudiants, au nombre de 50 à 60, accédaient au premier étage par un escalier en colimaçon situé dans la tourelle semi-circulaire retrouvée à l’angle nord-ouest du bâtiment. Dans une synagogue au contraire, l’escalier permettant aux femmes d’accéder à la galerie du premier étage était extérieur au bâtiment.

Un premier étage servant de salle d’études principale : c’est là que les maîtres expliquaient à tous les élèves rassemblés le texte talmudique choisi. Les étudiants s’asseyaient sur des banquettes de pierre, retrouvées sur trois des côtés de la pièce, à 65 cm du sol.

Deux ou trois autres étages pour la répétition des leçons et le logement des étudiants : la solidité des fondations et la largeur des murs (1,60 m) laissent penser à un bâtiment de trois ou quatre étages. Ce qui est cohérent avec la nécessité pour  une école rabbinique de disposer de pièces plus petites pour la répétition des leçons en groupes restreints, voire pour le logement en internat des étudiants.

Ce graffiti rappelle une citation du Livre des Rois en forme de supplique : Que cette maison soit sublime.Des graffiti hébraïques témoignant du caractère sacré de l’édifice : plus de quinze graffiti hébraïques, comportant des noms propres et des phrases, ont été relevés. Norman Golb, qui les a décryptées, a notamment relevé trois d’entre elles : « Cette maison sera d’une grande hauteur jusqu’à ce qu’un bœuf ait pitié d’une ânesse [c’est-à-dire pour toujours], La torah de Dieu... puisse-t-elle toujours exister et Que cette maison soit [toujours] sublime. » Ces phrases, qui s’apparentent à des vœux d’éternité, concordent bien avec la vocation universitaire et donc particulièrement sacrée de l’édifice.

Aucune trace d’une autre école rabbinique : les fouilles et les sondages réalisés depuis 1976 par les services archéologiques, à la fois dans la cour du palais de justice et sous l’aile est du bâtiment lui-même, n’ont mis à jour aucun autre vestige ou trace de construction qui pourrait s’apparenter à une école rabbinique.

 
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